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Lettre aux parents, pourquoi j’ai écris ce livre sur les écrans

Voici la lettre insérée au tout début, j’explique mes intentions et pourquoi ce livre. Le fait est que je ne suis pas d’accord avec plusieurs experts médiatiques, notamment que la règle des 3/6/9/12 ans est racoleuse médiatiquement mais laxiste…

Être « pour » ou « contre » les nouvelles technologies n’est pas mon propos. Comment le pourrais-je ?! Les innovations techniques nous rendent des services au quotidien comme à l’école :

  • Ainsi, les logiciels ou applications sur tablette prêtent une voix à l’enfant mutique.
  • Le jeune et moins jeune en difficulté d’écriture pour tout un tas de raisons (dyspraxie, dysorthographie, autisme, trouble visuo-attentionnel), peut bénéficier de l’apport des nouvelles technologies. Il peut ainsi photographier avec son téléphone portable un cours écrit par un camarade, ou le scanné avec une souris-scanner ou un scanner de poche. L’enseignant peut enregistrer son cours sur la mémoire d’une clé USB, lui envoyer par mail. Il peut, s’il apprend, taper le cours sur un ordinateur. S’il a une dysorthographie, utiliser un logiciel correcteur d’orthographe. Si l’ordinateur n’est pas possible, il peut même dicter ses réponses avec un logiciel, type Dragon, etc.
  • De fait, la première fois que Rémy, 13 ans, a saisi une rédaction sur son ordinateur, il s’est senti profondément « soulagé » et s’est écrié : « Enfin je peux dire tout ce que je veux ! »

Je ne suis donc pas « contre » les nouvelles technologies. Ma préoccupation en tant que parent et psychiatre, consiste à établir « un modus vivendi » avec des règles claires pour guider au mieux nos enfants. Toutefois, pour se faire sa propre opinion, on se doit de s’informer et de connaître les bénéfices comme les dangers des écrans. C’est ce que je me propose de faire…

Et pourquoi moi ? Après tout, d’éminents experts, universitaires, chercheurs ou encore directeurs d’organismes numériques écrivent des livres sur le sujet et moi, je ne suis qu’une psychiatre exerçant en cabinet et plutôt spécialisée dans l’autisme.

Tout simplement parce que je ne suis pas convaincue par la majorité des livres édités en France. Mis à part un tout petit nombre de titres (voir bibliographie en fin d’ouvrage) qui ne sont pas, par surcroît, les plus médiatisés, une partie des experts tiennent un discours bien trop nuancé, parfois jargonnant, et surtout permissif sur les écrans, alors que leurs ravages se font déjà sentir ! Je souhaite apporter une information simple à des parents qui, comme moi, se soucient de l’omniprésence des écrans dans le quotidien des jeunes.

Soyons clairs, nous assistons à une révolution technologique d’une ampleur sans précédent. En comparaison, la révolution de l’imprimerie de Gutenberg fait pâle figure, alors qu’à l’époque elle avait produit un cataclysme. En cinquante ans, les premières imprimeries avaient produit autant de livres que les scribes n’en avaient retranscrit en l’espace de mille ans ! Ce qui n’est rien comparé à la productivité intellectuelle d’Internet, à la production du livre à la demande, à la PAO, et à l’émergence de l’imprimante 3D ! Mais je m’égare avec ce dernier exemple… Je suis « hors sujet ».

Nous n’avons donc pas eu assez de temps pour nous habituer et nous adapter aux nouvelles technologies qui déferlent sur les petits et les grands. Or les enfants, comme les adolescents, sont en devenir. Leur cerveau, qui n’est pas « mature », est soumis à l’influence des écrans. On le sait fort bien, et pourtant on vend de plus en plus de tablettes pour les 0-6 ans avec publicités mensongères à la clé. Il est urgent de mettre en place un « modus vivendi » pour que nos jeunes n’y soient pas asservis. Je pousse le bouchon trop loin ? Regardez autour de vous, ne trouvez-vous pas que le smartphone est un objet qui se répand comme une épidémie chez les ados ?

Si vous en doutez, reportez-vous à l’étude IPSOS réalisée en 2015 (*) : Le temps de connexion moyen à Internet est de 13h30 par semaine pour les 13-19 ans. Ben oui, qu’on ne s’étonne pas qu’ils passent une journée de vie par semaine dévolue surtout à chatter, à regarder les vidéo-clips qui peuvent être salaces voire obscènes, et autres… Bien sûr, « il faut que jeunesse se passe », mais, lorsqu’on sait que le cerveau des enfants est en devenir, cela ne vous choque-t-il pas de savoir que chez les 13-19 ans : 68 % possèdent un smartphone, 29 % une tablette (ok c’est peu, mais continuez la lecture…), 73 % un ordinateur, sans oublier : 73 % une console de jeux et 41 % la télévision ? Et tout cela, dans leur chambre ?!!! Quant aux 7-12 ans, ils n’ont rien à envier à leurs aînés…

Si l’on ne prend pas conscience des dangers des écrans, si l’on n’agit pas maintenant, alors je ne m’étonnerai pas que, dans une dizaine d’années, on propose de greffer à nos jeunes la puce de leur smartphone. Et ce, pourquoi pas, au cours d’Implant Parties** qui existent déjà.

Dans cet ouvrage, je ne vous abreuverai pas d’études statistiques à rallonge, ni d’un discours hermétique. Je ne serai pas politiquement correcte car ce n’est pas ma manière d’être. Je ferai parfois référence à des patients en changeant leur prénom, il va sans dire !

En tant que mère et psychiatre, je souhaite être la plus claire possible afin que vous ayez en main des informations et des outils pour décider par vous-même de votre conduite envers votre enfant.

Linnea Hjalmarsson, Paris, le 6 septembre 2017
pourlesparentspourleursenfants.com

P.-S. : Un point important pour lire ce « bouquin » : quand je parle des écrans, si je ne précise pas lequel, comprenez « tous », à savoir : smartphone, tablette, ordinateur et télévision.

* Étude Junior Connect’ 2015 réalisée par IPSOS sur 4000 jeunes en déc. 2014 : sources Ipsos

** Des Implants Parties existent : il s’agit d’une fête où l’on peut s’implanter une puce électronique. Pour info : http://rue89.nouvelobs.com/2015/05/16/les-implants-parties-vivre-puce-electronique-sous-peau-259217

 

Les Ecrans avant 3 ans

 

Les écrans entrent en compétition avec les activités de la vie courante et gagnent le plus souvent, empêchant les enfants de moins de trois ans (et plus à mon avis) de développer leurs capacités : motrices, attentionnelles, d’abstraction, langagières (vocabulaire), affectives et sociales. Les enfants sont du coup en retard.

L’utilisation excessive chez le petit enfant pourrait même entraîner des troubles notamment dans la sphère sociale pouvant évoquer, par erreur un autisme; tableau clinique « autisme like » qui serait rapidement résolutif à l’arrêt complet des écrans.

Il ne faut donc pas mettre un écran entre les mains d’un enfant de trois ans révolu (voire jusqu’à cinq ans !) quoique en disent les publicitaires. Laissons donc les enfants apprendre et se développer dans le monde réel avant d’évoluer dans le monde virtuel…