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COMMENT ECOUTER UN ENFANT/UN ADOLESCENT ?

Il y a quelques temps, j’avais abordé la question de « comment parler à un enfant? ». Le pendant à cette question est « comment écouter un enfant » mais aussi un adolescent et au fond: l’Autre.
Très souvent, les parents apprennent une foule de choses au cabinet. Ils disent alors : « Tu ne m’avais pas dit !».
Ainsi Victor, 9 ans, avait dit à ses parents qu’un camarade l’embêtait. Mais ce que les parents ne savaient pas, c’est que « le camarade » en question serrait Victor au cou. 

Parfois les enfants ne le disent pas car ils ont peur d’être grondés, de décevoir, d’embêter les parents, de leur causer un problème, de les attrister, d’être agressé (ou que leur proches puissent l’être) s’ils ont été menacés…
Parfois ils répondent « Je te l’ai dit ! ». Mais les parents n’étaient pas vraiment là (préoccupés par leur quotidien…) ou ils n’ont pas compris car ils ont interprété..
Au cabinet, Il n’y a rien de miraculeux. Nous sommes réunis pour l’enfant.
Pour écouter un enfant, il est donc nécessaire de prendre le temps, se mettre au même niveau que lui physiquement et de façon empathique. L’écoute est simple: il parle on écoute. On n’émet pas de jugement, on ne donne pas de conseil s’il ne nous en demande pas. On ne réfute pas sa souffrance avec des expressions comme « T’exagères » « C’est de la comédie! » « Tu devrais avoir honte de te plaindre! » « il y a bien plus malheureux que toi! » etc…. 

Si l’enfant parle d’une situation qui lui pose problème, notamment à l’école, il est indispensable de faire préciser celle-ci dans un second temps (après qu’il ait vidé « son sac ») par des questions qui permettent d’obtenir un scénario le plus proche de sa réalité, et en plus lui montrent qu’on s’interesse à lui. 

Revenons à Victor quand se faisait-il attaquer? C’était pendant la récréation de la cantine, là où il n’y a pas d’adulte pour surveiller la cour. L’autre petit garçon se jetait sur lui quand Victor passait en faisant mine de jouer au football. Victor avait envie de jouer au football avec ce petit garçon mais n’osait pas le lui demander. 

Il est aussi important de ne pas banaliser ou dramatiser ce que l’enfant dit… Il faut donc prendre en compte notre fatigue, mettre de côté nos préocupations, mais aussi avoir conscience de nos  « préjugés » pour qu’ils ne contaminent pas notre écoute (peur excessive pour notre enfant «si  fragile », propre expérience scolaire désastreuse…).
Et puis après ? En plus de considérer et de soutenir l’enfant/l’adolescent, l’écoute active va lui permettre d’analyser la situation: exprimer ses émotions, définir le problème le plus « objectivement » possible dans le but de trouver des solutions par lui-même. Ceci, en fonction de son âge.
Et si l’enfant ne parle pas? Un changement brutal de comportement est un thermomètre qui signe une souffrance… Une écoute s’impose, comme une enquête…
Et s’il ment ? Que cherche-t-il? Que veut-il éviter?…
J’aborderai ces thèmes aux prochains numéros…

VERS 9 MOIS : LA PEUR DE L’ETRANGER ET DE LA SEPARATION

La peur est une émotion dont la fonction principale est de nous protéger en nous poussant à fuir du danger immédiat ou à attaquer, selon la situation.
La peur n’est donc pas anormale à condition que l’objet de notre peur soit vraiment dangereux. Or nous percevons cet objet par nos aptitudes sensorielles, cognitives et affectives, en plus de nos expériences. Il est donc normal que nous nous trompions et que la peur survienne à différentes étapes de notre développement et de nos apprentissages pour des objets et des situations qui ne sont pas dangereux.
Chez l’enfant de huit à neuf mois, deux peurs normales coïncident : la peur de l’étranger et l’anxiété de séparation.
L’enfant a peur face à un visage qu’il ne connaît pas et quand son parent sort de son champ visuel.
Dans ces deux cas, il prend conscience que l’Autre est  » familier » ou « étranger », et que le parent (le familier-proche) assure sa sécurité.
Mais quand le parent sort de son champ de vision, l’enfant de huit/neuf mois croit le parent disparu. Il ne peut comprendre qu’il va revenir car il n’a pas encore pris conscience de la permanence de l’objet.
Cette permanence de l’objet, il la découvre à partir du quotidien répétitif : vous partez en lui disant que vous revenez et vous revenez !
Il la découvre aussi à partir des jeux qu’il fait comme cacher un cube puis le ressortir, éteindre la lumière puis la rallumer puis l’éteindre (etc…),  fermer les yeux et  les réouvrir et voir que rien n’a changé, jouer à cache-cache en se couvrant les yeux …
Il ne faut donc pas s’inquiéter quand ces peurs surviennent. Par contre il faut être vigilant et connaître  nos propres peurs d’enfant, passées ou encore actuelles  pour éviter de faire un amalgame entre notre peur et celle de notre enfant (normale pour son développement psychomoteur). Il est important de régler nos peurs car l’enfant apprend en nous observant, en nous imitant. Et ceci même s’il n’est pas au courant de notre peur! La communication se fait aussi en infraverbal.
Par exemple, cette confusion peut entraîner de notre part une réponse excessive et donc inadaptée. En voulant rassurer trop notre enfant, nous lui adressons implicitement le message qu’il a raison d’avoir peur, que nous aussi nous avons peur!  Ce qui a pour conséquence le maintien de sa peur . Or  notre rôle de parent est d’aider l’enfant à apprendre par lui même à se rassurer…

COMMENT PARLER A UN ENFANT?

Drôle de question! Cela semble pourtant facile alors pourquoi la poser? Tout simplement car la communication n’est pas si simple entre adultes alors avec un petit d’homme! Comment faire pour qu’il nous écoute?

La première chose c’est de prendre le temps de se mettre à son niveau physiquement. Il est important que l’on puisse se regarder en face. Nous devons donc nous accroupir par exemple.

Puis nous lui faisons notre demande (sans parler bébé!) .

La formulation est aussi intéressante car l’enfant a besoin de clarté. Il vaut mieux dire ce que l’on veut qu’il fasse, plutôt que de lui demander de cesser l’activité qu’on ne veut pas qu’il fasse ! Le message passera beaucoup mieux. Aucun reproche par ailleurs ne viendra parasiter en plus notre demande. Ce qui n’est pas plus mal!

Une demande claire et simple implique que l’on sache exactement ce que l’on veut (pas de flou) et que l’on formule une seule demande et non trois en même temps (surtout si le jeune est dans la lune! ).

EX: « Range ton cartable dans l’entrée ». Quand l’enfant l’a fait, nous nous devons de remarquer le bon comportement : « Tu as bien rangé ». Puis: « Tu vas te laver les mains maintenant (avant de te mettre à table) ».
Dans le cas d’un enfant « allergique » à l’effort, il est nécessaire de renforcer positivement le bon comportement. Il ne suffit alors pas de le remarquer verbalement mais aussi de le gratifier d’un bon point ou d’une image.

Après avoir fait la demande , il est important de suivre son bon déroulement. Il faut donc s’assurer de l’exécution !

L’IMITATION: MOTEUR D’APPRENTISSAGE ET D’INTEGRATION SOCIALE

L’imitation permet de rentrer en contact avec l’autre et d’être intégré au groupe. Il n’y a qu’à voir les sorties d’écoles, collèges et lycées pour voir que les enfants portent le même sac, cartable, le même sweet-shirt. Les enseignes coûteuses sont bien placées sur ce marché!

Dans le monde animal, l’orque, selon le groupe où il naît, sera carnivore ou piscivore!

L’imitation permet de rentrer en contact avec l’autre. Imiter l’autre donne un langage commun. Alors que le contact à l’autre est un problème pour l’enfant autiste, Jacqueline Nadèle, psychologue française, a utilisé l’imitation pour rentrer en contact avec des enfants souffrant de ce trouble.

L’imitation permet donc de rentrer en contact, de nous intégrer au groupe. Elle nous apprend aussi à « être » avec l’autre mais aussi à faire. Une partie de la formation en dessin ou en peinture est d’apprendre à imiter des oeuvres des maîtres.

Dans son développement, l’enfant apprend en imitant. Et qui imite-t-il? Celui qui sait: ses parents, sa maîtresse, et aussi son héros préféré…. Alors si nous nous plaignons de son agressivité, observons-nous d’abord : savons-nous gérer notre agacement? Laissons-le nous devant des films ou des émissions où la violence est banalisée ?
Si nous nous plaignons qu’il ne lise pas des livres : lisons nous? etc…
Une astuce : Quand nous jouons avec un enfant , il est intéressant de suivre ses gestes et de l’imiter. Nous rentrons ainsi plus facilement en contact. Un exemple: Quand je joue à la dinette avec une petite fille de deux ans, je « bois » en même temps qu’elle, je fais les petits bruits qui accompagnent les gestes comme elle…. Si j’introduis un bruit, elle se l’approprie et fait de même. Si elle a du mal à parler ou si elle ne parle pas, elle peut apprendre de notre jeu. Pour cela, je vais commenter ce qu’elle fait et nommer les objets qu’elle utilise. Elle va entendre et mieux associer les mots/ les phrases à ses gestes.


(Illustration Sarah KAY)