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Le Traitement médicamenteux du TDAH en France : Le méthylphénidate

Le TDAH n’est pas une pathologie mais un trouble qui, en fonction de son intensité et des troubles associés ou non, entraîne des difficultés tant d’apprentissages que dans les sphères familiales, scolaires, amicales et par la même, perturbe le développement de l’enfant, son épanouissement personnel «harmonieux».

Bien que les mesures éducatives et les prises en charge spécifiques soient primordiales, il reste que dans un certain nombre de cas, le traitement médicamenteux est une formidable aide.

Il est important de répéter que le traitement médicamenteux ne peut se substituer aux prises en charge et mesures évoquées dans l’article antérieur. Un enfant en-dessous de six ans ne peut avoir le diagnostic de TDAH et ne peut recevoir de traitement médicamenteux. Fréquemment, que ce soit de la part des parents mais aussi des soignants, on attend beaucoup trop du médicament. Au point où , dans certains cas, les doses sont augmentées trop rapidement, et le soignant ou/et les parents concluent à l’inefficacité ou à une mauvaise tolérance thérapeutique… Le médicament n’est pas une « pilule miracle ». Aux adolescents et aux enfants qui commencent le traitement, je leur stipule bien que s’ils ne font aucun efforts, rien ne changera.

Il reste que le bénéfice du traitement médicamenteux chez les enfants souffrant de TDAH est un fait établi. La ritaline est un des rares traitements a être plus efficace que le placebo par rapport à d’autre traitements médicamenteux chez l’enfant. Le traitement n’est pas systématique et doit faire l’objet d’une réflexion entre le médecin psychiatre et les différents intervenants, les parents et l’enfant. L’objectif alors est que le bénéfice soit supérieur au risque, comme lors de toute prescription médicamenteuse. Car tout médicament comporte des effets secondaires au même titre qu’un simple comprimé de paracétamol !

Le traitement médicamenteux est à discuter longuement et il faut se poser plusieurs questions :

Le TDAH a-t-il des conséquences sur le sujet: y a-t-il des souffrances sociales, scolaires, familiales? Comment l’enfant se perçoit-il?
En effet, le trouble attentionnel avec ou sans hyperactivité est pourvoyeur de troubles anxieux, d’un manque de confiance en soi, de dépression, de refus scolaire (ou improprement nommée « phobie scolaire »), d’exacerbations de troubles anxieux /phobies/ TOCs/ de perfectionnisme, de trouble oppositionnel avec provocation, de troubles des conduites et conduites délictueuses, de mises en danger à l’adolescence avec des conduites à risques ( prise de toxiques, sexualité débridée, « deal », « parcours » etc…). Lors d’un trouble anxieux, le traitement peut avoir un effet bénéfique car le TDAH alimente aussi une certaine insécurité. Le jeune ne se sent pas « fiable »: Il peut travailler trois fois plus que les autres et rater; alors qu’une autre fois il réussira… Aussi, lors d’un trouble anxieux, il est alors intéressant de commencer le traitement à petites doses pour éviter une exacerbation de l’anxiété.

Des mesures ont-elles été mises en place? time out, renforcement positif, plannings, aide aux devoirs, casque anti-bruit…. Car si aucune mesure n’a été mise en place, le TDAH n’est pas au premier plan, le traitement médicamenteux n’est pas justifié…

Y-a-t-il d’autres troubles des apprentissages associés (dyslexie, dyspraxie…), ou un Trouble du Spectre autistique (TSA)… ? Une déficience des apprentissages? Un retard mental ? Lors de rééducations, lors d’un TSA ou autre, le bénéfice d’une mise sous traitement est fréquemment évident mais dans certaines circonstances non… La dose médicamenteuse lors de TSA est souvent divisée par deux.

Il est très important de savoir que le traitement médicamenteux n’est pas sédatif comme de nombreuses personnes, et notamment certains intervenants du monde de l’enfance, le croient encore. Le fait est que, par le passé, ce type d’enfants (surtout ceux qui ont des comportements bruyants) étaient attachés à leur chaise ou recevaient un neuroleptique sédatif (type Tercian). Ce qui, dans le cas du Tercian, aggravait la cognition et le trouble attentionnel !
Le traitement n’engendre pas de dépendance comme ses détracteurs, dont des psychiatres, le clament haut et fort (sont aussi de la partie). Il n’encourage pas non plus le jeune à prendre de la drogue. il ne rend pas les enfants dépendants puisqu’il peut être arrêté du jour au lendemain. Les conduites à risques sont plus fréquentes chez les adolescents TDAH. Il est possible que le traitement leur apprenne à mieux se contrôler et s’éloigner des conduites à risque. Un adolescent m’a un jour expliqué que sans le traitement il faisait de suite « la bêtise » alors qu’avec le traitement, il y pensait et arrivait ainsi à ne pas la faire… Lors de TDAH, le système du plaisir est exacerbé entraînant une recherche et la répétition de l’obtention rapide d’ un plaisir . D’où la fréquence probable de conduites addictives, les achats intempestifs, les enfants « monsieur et madame plus » qui veulent toujours plus…. Dans ma pratique psychothérapeutique, je constate que, pour les enfants qui sont perpétuellement dans l’instantanéité, le traitement permet à certains, d’amorcer une réflexion sur soi, une remise en question (dont certains sujets adultes en sont dépourvus) inestimable pour leur évolution et peu accessible sans le traitement et malgré la psychothérapie !…
Il est vrai que le traitement préconisé actuellement est un psychostimulant mais son effet est d’aider l’enfant à focaliser son attention, à donner un coup de pouce au chef d’orchestre qui, dans son cas, laisse le cerveau être submergé par divers stimuli, en commençant par les plus infimes ou les plus superflus….

Ce traitement a des effets secondaires possibles mais qui ne surviennent pas systématiquement, comme du reste tout médicament (aspirine, paracétamol!), ce qui semble être oublié ! C’est bien pour cela qu’il est important de mesurer le bénéfice et le risque du traitement avant de décider de l’instaurer. Mais c’est bien aussi pour cette raison qu’il est juste de ne pas le diaboliser.

Lors de la mise en route du traitement, les effets secondaires le plus fréquemment remarqués sont : les céphalés, une anxiété ou nervosité passagère, un manque d’appétit. La perte de un kg au cours du premier mois de traitement est classique. Après il est important de surveiller et d’évaluer ce qui est acceptable ou non en se basant sur l’IMC (l’indice de masse corporelle) et le rythme de cette perte de poids. Certains enfants ayant une alimentation impulsive diminuent, sous traitement, leur consommation quasi boulimique et voient aussi leur poids baisser. Mais ce n’est pas à tous les coups ! Il reste que l’on peut aussi adapter la prise du traitement en ne le donnant pas les jours sans école, mettre en place des gros petits déjeuners et un bon goûter, en plus du dîner…

Avant la mise sous traitement, il est important de s’assurer de l’absence de contre-indication. Le trouble cardiaque en est la contre indication absolue. Il est donc préférable que le jeune bénéficie d’une consultation spécialisée en cardiologie (examen clinique, ECG et échocardiaque effectués).
Lors d’une suspicion d’épilepsie, un électro-encéphalogramme (EEG) sera demandé. En cas de comitialité, le TDAH ne sera traité que dans un second temps, s’il persiste après la mise sous traitement anti-comitial et s’il y a lieu.
En cas de « petite taille », l’indication du traitement sera aussi discutée avec le pédiatre ou au besoin l’endocrinologue car le risque de cassure de la courbe de croissance est rapporté. La taille doit donc être surveillée tout au long du traitement. En sachant que si la cassure est réelle, l’arrêt du traitement permet une reprise de la croissance.
De même, lors d’un IMC limite, une décision collégiale (nutritionniste, psychiatre, famille, jeune) avec une surveillance renforcée est indiquée.

Il reste que donner un traitement à son enfant ou son adolescent n’est pas chose facile pour n’importe quel parent. Mais quand cette prescription paraît indispensable, le faire est une conduite courageuse de leur part. D’autant plus qu’ils sont rarement compris par leur entourage proche ou moins proche et peuvent déclencher des réactions passionnées!
Des parents m’ont répercuté des propos d’un psychothérapeute qui se serait écrié « Moi vivante jamais !». Un instituteur avait eu aussi une réaction de la sorte : « il faudra me passer sur le corps »! Il m’est arrivé de devoir justifier ma prescription à un juge pour enfant comme à l’éducateur, d’un adolescent, lesquels contestaient ouvertement le bien fondé de cette prescription et désapprouvaient ainsi la décision des parents…Parents comme médecins prescripteurs sont encore souvent montrés comme des pourvoyeurs de médicament-drogue, soldats du DSMIV et des industries pharmaceutiques. C’est probablement lié en partie à la dérive de prescription de ritaline aux Etats Unis. Mais en France, cette prescription est très codifiée afin de limiter les abus. Annuellement, un médecin hospitalier doit ratifier la poursuite du traitement en faisant une ordonnance hospitalière. Si le médecin pédopsychiatre (ou pédiatre ou neurologue) ne travaille plus à l’hôpital (comme c’est mon cas), il perd ce droit et apparemment son expertise. Quand on sort de l’hôpital, il semble que nos connaissances sont réduites … Trêve de polémique!

Concernant la durée du traitement: dans les études publiées, une moyenne de trois ans est rapportée.

En France, en 2013, les traitements sont ainsi : la Ritaline (méthylphénidate), Ritaline LP (méthylphénidate à libération prolongée), le Concerta (chlorhydrate de méthylphénidate), le Quazym (méthylphénidate). L’intérêt de ces différentes galéniques est la dose libérée de principe actif au cours de la journée ou sur un temps donné. Par ordre de commercialisation:
RITALINE (laboratoire Novartis) : 100% de la dose est libérée sur quatre heures.
RITALINE LP (laboratoire Novartis) : associe une formulation à libération immédiate(50% de la dose)et et une formulation à libération prolongée (50% de la dose) dans les 8h.
CONCERTA (laboratoire Janssen) : associe une formulation à libération immédiate 20% (de la dose) , et une formulation à libération prolongée (80% de la dose) dans les 8h-12h.

QUASYM LP (SHIRE) associe une formulation à libération immédiate (30 % de la dose) et une formulation à libération prolongée (70 % de la dose).

Il est conseillé de commencer à petite dose et d’augmenter progressivement jusqu’à une dose qui soit efficace et sans dépasser une dose de 1mg/kg. Il faut aussi savoir que le patient peut répondre à une dose moins importante que 1mg/kg. Les sujets ayant un TSA répondent à une demi-dose et peuvent mal tolérer une dose de 1mg/kg. Lors de surdosage, le sujet est apathique…
Le choix de la molécule est fonction de l’âge de l’enfant, de l’activité demandant beaucoup de concentration dans la journée… Certains patients supportent , du reste, mieux une formule qu’une autre…

Prise en charge du TDAH non médicamenteuse

Le TDAH ne se diagnostique pas avant six ans même si le profil clinique de certains enfants, dès deux ans, peut faire évoquer ce diagnostic (surtout quand ils sont très « moteurs »). Cependant, la suspicion de TDAH (avant six ans) comme le diagnostic après six ans, sont indispensables pour permettre aux parents de mieux comprendre et par la même d’appréhender au mieux les comportements de leurs enfants.
Le TDAH n’est pas une maladie. Cela donne souvent des gens sensibles, imaginatifs, curieux, enthousiastes, pleins d’énergie, créatifs. Mais cela pose aussi une foule de problèmes notamment sur le plan éducatif qui peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la confiance en soi de l’enfant, sur son développement et ses acquisitions, sur sa relation aux autres et à ses proches. Ces problèmes se répercutent en plus sur la sphère familiale (fratrie), sur les parents, parfois même sur leur entente mutuelle. Le regard de la famille élargie et de différents groupes sociaux est fréquemment discréditant sur les qualités de parents, poussant souvent ses derniers à s’isoler. En effet, les comportements que présente l’enfant TDAH sont très souvent interprétés comme l’incapacité des parents à élever leur enfant.
Nombreux sont les parents qui évitent ainsi le square après l’école car ils ne supportent plus d’entendre des propos tenus comme « Le fils Untel, encore lui! », « Vous ne savez pas tenir votre enfant! » , etc…
La famille élargie peut tenir des propos similaires et refuser le diagnostic de TDAH.
Les parents qui ont eu affaire à un de leurs enfant colérique, se roulant par terre dans la rue ou un magasin, connaissent ce petit regard réprobateur à leur encontre, jeté par les passants qui « eux » « ont tout compris ».
A ce sujet, le témoignage d’un couple de parents d’une famille de six enfants est instructif. Les aînés ont tous fréquentés la même école maternelle et primaire, à l’exception de la benjamine, Mathilde, qui a fait une autre maternelle avant d’intégrer la même primaire. Depuis toute petite, Mathilde remue, parle fort, n’écoute pas les consignes. Tout au long des années de maternelle, les parents ont été convoqués à maintes reprises et ont subi les remontrances du corps enseignant qui les jugeait trop laxistes avec la petite dernière. A l’entrée au CP, Mathilde s’est retrouvée dans la classe d’une maîtresse qui connaissait bien la fratrie et ne s’est pas arrêtée à cette conclusion de « petite dernière gâtée », qui était repris en d’autres termes par les psy consultés par les parents. Le fait est, que oui Mathilde est une très mignonne petite dernière qui avait su faire craquer un temps les parents , mais surtout avec elle, aucun des moyens employés pour les aînés, ne marchaient. Et le fait est que Mathilde a un TDAH très intense et déjà des blessures narcissiques de la maternelle…
L’éducation d’un enfant présentant un TADH n’est pas de tout repos! En effet, le parents sont confrontés , selon les enfants, à des scenarii multiples :
  • Une énergie débordante, ils semblent « sur pile » comme un lapin d’une ancienne publicité, du matin au soir rendant les parents épuisés…
  • Des « monsieur plus » et des « madame plus » qui veulent toujours plus et ne sont jamais satisfaits…
  • Des enfants d’une intolérance foudroyante les transformant en Hulk…
  • D’autres vont refuser des aliments qui ne leur plaisent pas, ne manger que du sucré…
  • D’autres sont lents, voire très lents car ils vagabondent sur un astre inconnu de nous… et oublient les routines…
  • D’autres zappent tout le temps…
  • D’autres réagissent fortement aux émotions qui les submergent tels un raz de marée …
Il est rare que les parents soient préparés à être parent mais quand ils ont des enfants TDAH, être parent devient un défi de chaque instant. En effet, il faut rester calme et bienveillant en toute circonstance. Or, si votre enfant se jette par terre pour la sixième fois de la journée pour une frustration ou un mal être que vous ne saisissez même pas, il faut une dose de zenitude inépuisable!
Le fait de savoir que notre enfant est submergé et « ne le fait pas exprès » aide le parent à rester bienveillant. Le fait de comprendre comment il fonctionne permet aussi d’éviter certains pièges, de préparer l’enfant à des situations déstabilisantes, l’aider à dépasser ses travers qui l’épuisent et le dévalorisent à ses propres yeux.
Après avoir éliminé une cause organique (comme une activité épileptique qui peut néanmoins s’associer aussi au TDAH), et avoir recherche des troubles associés, il est donc important, avant six ans quand le diagnostic est suspecté, comme après six ans, que les parents soient informés, voire coachés, sur les difficultés que peuvent rencontrer les enfants TDAH pour qu’ils puissent pallier, aider et être vigilants. Ainsi, selon les enfants et l’intensité des troubles, les parents mettront en place:
  • La prévention des transitions.
  • L’organisation temporo-spatiale: routines de vie, planning de la semaine.
  • Travailler sur les limites, la frustration par des mesures éducatives+++ avec des formulations et renforcement positif, limiter les punitions (en sachant: à quoi sert la punition et comment punir)
  • Travailler la valorisation rationnelle cohérente!
  • Lui apprendre à gérer son impulsivité, sa colère, sa déception à distinguer (comme vous) le besoin du désir….
  • Lui éviter l’hyperstimulation et l’aider à gérer les écrans (téléphones portables, TV, etc….)
  • A l’école, être vigilent et communiquer voire, au besoin, mettre en place un PAI, ou PPS.
En plus des mesures éducatives et de la gestion affective, d’une adaptation de leur scolarité en fonction des troubles, les enfants peuvent bénéficier:
  • La psychomotricité peut aider l’enfant à canaliser son impulsivité.
  • L’orthophonie: comme la psychomotricité si un trouble est associé (dyslexie…) et chez certains enfants, l’impulsivité cognitive est telle qu’ils ont un vocabulaire restreint. Ce qui les empêche de développer des capacité d’analyse propre , indispensables notamment pour gérer ses émotions, et aussi se remettre en question…
  • La psychothérapie individuelle avec un travail sur l’anxiété (de performance, sociale etc…), sur la gestion des émotions, développant des capacité d’analyse individuelle.
  • La psychothérapie de couple ou/et familiale.
Il reste que dans certaines situations, il faudra adjoindre le traitement médicamenteux, lequel ne peut se substituer à toute la prise en charge énoncée , mais qui est une formidable aide pour certains enfants et adolescents.

MESURES COMPORTEMENTALES EDUCATIVES : LES ROUTINES pour les enfants « rêveurs »

 
 
Au cours d’une journée (au lever, au coucher…), nombreux sont les parents (d’enfants ADHD) qui se plaignent de répéter des dizaines de fois une consigne et de se dire, de guerre lasse, que l’enfant « le fait exprès! ».  A l’école, certains enseignants sont confrontés aux mêmes problèmes : « A chaque nouvelle activité, je dois lui redire, de prendre le cahier, de l’ouvrir etc… Il se moque de moi ! « .
Cette situation déroutante entraîne des interactions négatives par les reproches inévitables que l’adulte fait à l’enfant. Or, même s’il ne le montre pas ou ne l’exprime pas (il peut même rester souriant), celui-ci les entend et se rend compte qu’il a un problème. Ce qui nourrît une mauvaise image de lui. Alors que doit-on faire ? Poursuivre les reproches ? Punir même si cela ne sert à rien à la longue ? Accepter la différence et arriver systématiquement avec trente minutes de retard à l’école? En classe : laisser l’enfant vaquer à ses rêves en continu?
Pour combattre ces difficultés, il est indispensable de créer des routines. Les routines ne sont pas des conditionnements « bêtes et méchants » « aliénants » comme certains le croient. Les routines vont devenir des habitudes sur lesquelles l’enfant va pouvoir bâtir et progresser, autant dans son quotidien que dans sa pensée : exit les crises, la procrastination et d’autres maux qui se greffent au trouble attentionnel avec ou sans hyperactivité, lequel n’est pas une maladie mais est pourvoyeur de bien des soucis !
 
Comment créer ces routines? 
Il faut réfléchir aux moments de la journée qui posent un problème organisationnel.  Puis il va falloir avec l’enfant (ou sans, selon son âge) déterminer chronologiquement toutes les étapes qui vont constituer cette routine. Chaque étape est représentée par un pictogramme auquel on associe un horaire. Pour ma part, je dessine chaque étape avec l’enfant (ou je les lui fais dessiner). Vous pouvez bien sûr trouver des pictogrammes ou faire des photos.
Puis il faut chercher l’ endroit « stratégique » de la maison où sera exposée la routine : chambre, salle de bain, cuisine… Certains parents s’inquiètent de voir leur maison devenir le lieu de telles expositions ! Quand la routine est acquise et devient une habitude, il n’y a qu’à enlever ces oeuvres éphémères ! Et si ce n’est pas possible, ne vaut-il mieux pas quelques feuilles/picto/photos qui colorent les murs plutôt que des sempiternelles répétitions négatives ?
L’enfant ADHD a (plus ou moins) un  souci de planification et d’organisation temporo-spatiale (les jours et les mois peuvent être acquis plus tardivement d’où: picto!).  Ils ont aussi parfois du mal avec les transitions : changement de lieux (certains parents disent: « on va sortir, on va rentrer et hop,  Une colère! »)
Les routines permettent ainsi de commencer à conceptualiser ce que c’est de planifier. La routine permet à l’enfant de mieux maîtriser son temps et l’aide aussi dans sa confiance en lui. Parfois certains enfants sont récalcitrants et résistent pour des raisons diverses mais souvent car ils sont tristes, pensent ne pas pouvoir, ne comprennent pas les conséquences… Il faut alors associer à la routine le système d’économie des jetons/bons-points.
À la maison, les moments de la journée qui posent souvent des problèmes sont:
  • Le matin entre le lever et le départ à l’école.
  • Le retour de l’école entre les devoirs et le dîner.
  • Le coucher entre le dîner et le coucher.
Bien sûr, en plus des routines, il faut s’assurer que les difficultés ne relèvent pas d’autres soucis (ou n’interagissent pas), comme :
  • Un trouble du sommeil: un enfant ADHD sur deux a des problèmes à s’endormir, et peut s’endormir très tard sans que le parent le sache. Le sommeil est agité, des réveils nocturnes sont fréquents. Le somnambulisme, le syndrome des jambes sans repos, l’apnée du sommeil sont plus souvent associés.
  • Un parent qui travaille beaucoup et que l’enfant peut voir le soir tard : ce dernier retardera l’heure du coucher…
  • L’existence d’idées automatiques négatives qui surgissent au moment des devoirs ou des contraintes : « j’y arriverai pas » « ça prend toute ma journée » « je ne fais que ça » « ça m’empêche de jouer ». Un exemple: Carmela joue avec ses copines au jardin toutes les après-midi après l’école alors que sa soeur Viviane fait ses devoirs avec ses amies au parc. Quand Carmela rentre et doit se mettre au travail elle peste de voir Viviane jouer avec ses poupées…. « Elle s’amuse elle ! »
Les « oublis » gagnent à être intégrés dans des courtes routines :
La carte du patronage, les affaires de classe, de sport, les clés… seront toujours rangées au même endroit dès que l’on rentre /dès que l’on a fini …
Et à l’école ? Si l’enseignant rencontre les mêmes problèmes : il faut faire… Des routines ! Elles pourront être écrites sur le mur ou dans un coin du tableau et bénéficieront ainsi à d’autres élèves. Pour des soucis concernant plus précisément l’enfant, l’enchaînement chronologique sera noté/dessiné sur des étiquettes plastifiées collées (ou non) sur sa table. Des pictogrammes peuvent aussi être utilisés comme: Ecouter, Se taire, Commencer à lire.
Et si votre enfant n’est pas ADHD ? Pourquoi pas une/des routines s’il en a besoin?!
Enfin, tout comme le système des bons points, il faut s’inscrire dans la durée et persévérer.


(Illustration: Victoire 2011)

MESURES COMPORTEMENTALES EDUCATIVES: L’ÉCONOMIE DES JETONS OU DES BONS POINTS

L’enfant souffrant de TDAH est plus impulsif, intolérant à la frustration et attaché au plaisir que la moyenne. Ce qui entraîne des conflits plus fréquents entre les parents qui tentent d’imposer des limites et les enfants/adolescents qui les supportent encore moins ou qui demandent encore plus que la moyenne. Or les limites sont indispensables pour l’équilibre psychoaffectif de l’enfant et pour son insertion sociale. (attention, je ne parle pas de limites rigides…)

Pour aider l’enfant TDAH à respecter les limites et donc à faire des efforts, il est judicieux d’utiliser « son moteur » (sa motivation) qui est l’attachement au plaisir. Pour cela, les jetons, les bons points ou les images sont des formidables alliés. Dans le cas des adolescents, cela peut être de l’argent familial (monnaie inventée) ou encore « des crédits ». Pour connaître « l’esprit » de cette méthode, je vous engage à lire l’article Plaisir d’apprendre: Inné?…


Revenons donc à nos jetons… Comment les utilise-t-on?
  1. Il faut déjà définir « la limite », à savoir ce qu’on demande à l’enfant. En effet, la demande claire est indispensable pour que l’enfant puisse la suivre. Elle doit être concise et limitée, à savoir « absolument pas ambitieuse ». Et lui demander ce que l’on souhaite
  2. Quand celle-ci est définie (une à trois demandes maximum), on met en place le nombre de fois dans la journée où on va noter le bon respect de la règle établie, en d’autre terme l’effort accompli. En effet, à chaque fois que l’on note le respect de cette règle, l’enfant reçoit un bon point/image (etc…).
  3. on détermine ce que les bons points font gagner (et le nombre) : jouer à un jeu de société, quinze minutes de jeux vidéo, un repas préféré, dix minutes de plus pour le coucher etc…
  4. Enfin, on applique les vérifications (2.) et on donne les bons points/jetons en temps et en heure. Ce qui demande au parent de la persévérance. Mais elle est « payante » alors !…

Voici un exemple:

Camille peste à chaque fois qu’elle se met à ses devoirs. Sa mère lui a montré pourtant que pester fait perdre cinq bonnes minutes (avec une montre). Camille continue pourtant à grogner , à crier que sa mère « est méchante ». Et quand elle commence ses devoirs, elle continue à se plaindre. Après son temps de repos (elle travaille deux fois vingt minutes avec une pause de quinze minutes: temps de pause établi avec elle), elle a à nouveau du mal à s’y remettre et à nouveau, sa mère subit son comportement. Camille perd ainsi beaucoup de temps alors qu’elle pourrait s’amuser et elle entretient un ressenti négatif des contraintes… qui alimente une cognition « du verre à moitié vide ». L’économie de jetons a alors été établi ainsi :

1 Commencer à l’heure (définie à chaque fois en fonction de l’heure de retour à la maison)
2 Etre respectueux
3 Faire des efforts
4 Reprendre à l’heure après la pause de quinze minutes
5 Etre respectueux
6 Faire des efforts

Les demandes ont été faites en divisant les tâches. 1.2.3 sont identiques à 4.5.6 mais ce tableau permet à Camille de suivre le déroulé de ce qui lui est demandé. Elle gagne ainsi à chaque fois six bons points.
Elle peut choisir ainsi diverses activités:
Un bon point : Elle peut écouter trois musiques sur le mp3 de ses parents, jouer au jeu de cartes « la bataille » avec son père ou sa mère.
Deux bons points: quinze minutes de jeux video le samedi ou le dimanche (en sachant que maximum trente minutes autorisées ces jours-là) ou un feuilleton le mardi soir/le mercredi matin ou le samedi (en ce moment elle regarde Familly Adams, 20′)
Trois bons points : elle peut choisir un repas préféré à condition de le prévoir trois jours à l’avance pour pouvoir faire les courses! (ce qui aide l’enfant à planifier)
Autant vous dire que Camille a de suite mis en application, son réveil sur le bureau, et a gagné à chaque fois les six bons points…
Et si elle n’avait pas respecté? Et bien l’étape non respectée ne donne pas droit au bon point dévolu à cette étape (sans cris…). Mais il ne faut pas se décourager!!!!
En effet, la persistance des parents est un gage de réussite ainsi que recevoir rapidement une gratification pour l’enfant qui fournit un effort.


LA FAMEUSE MECHE DE CHEVEUX ET LES CISEAUX !


A la rentrée, les cheveux sont souvent longs et gênent pour voir le tableau. Ne vous étonnez donc pas si votre enfant coupe sa frange. C’est que ça le gênait voilà tout!

Cela ne sert alors à rien de le punir (surtout si ce n’est pas joli, il est déjà puni!) mais il est important de lui dire que s’il a un souci il peut vous en parler. Vous trouverez ensemble une solution adéquate.
Dans ce cas précis, il fallait couper la mèche. Mais le faire soi-même, ce n’est pas facile. Le coiffeur ou un parent qui a toujours rêvé de faire ce métier, s’en chargera… Votre enfant apprend alors que les actes ont des conséquences et qu’il faut différer.
Autre chose, il y a pensé et l’a fait impulsivement. S’il a six ans ou plus, je vous encourage à vous demander: s’il n’est pas un peu trop impulsif? S’il est impatient? Se concentre-t-il bien en classe? Râle-t-il pour les devoirs?… Sûrement pas ! Mais si oui…lisez un article sur l’hyperactivité (ADHD, TDAH).
( Illustration: couverture du livre  » Les malheurs de Sophie » écrit par la comtesse de Ségur. Dessins par Marie-Madeleine. Ed Nohain Maison Alfred Mame et fils 1931)

TOUS LES ENFANTS HYPERACTIFS NE BOUGENT PAS!

Le terme « hyperactif » est en fait impropre. Couramment, quand on parle d’enfant hyperactif, les gens voient un enfant « pois sauteur », frénétique, s’accrochant au lustre, turbulent à l’extrême. S’il est vrai que la motricité peut être débordante chez l’enfant « hyperactif », ce n’est pas toujours le cas !!!!!

En pédopsychiatrie, les termes désignant « L’hyperactivité » incluent l’existence d’un trouble de l’attention :

En français: TDAH = Trouble du Déficit de l’Attention / Hyperactivité.
En anglais: ADHD = Attention Deficit Hyperactivity Disorder

Pour être plus précis, l’enfant ADHD présente 3 SYMPTOMES D’INTENSITE DIFFERENTE :

– MOTEUR : qui est le plus visible! L’enfant se trémousse sur sa chaise, touche ses affaires et les laisse tomber; il est « touche à tout », voire casse cou, coutumiers des urgences (fractures , blessures…).
– IMPULSIF : c’est un enfant « qui ne peut pas s’empêcher de « ; « c’est plus fort que moi » (et c’est « vraiment vrai »). Il ne peut pas s’empêcher de faire une bêtise, ou de dire à voix haute ce qu’il vient juste de penser, il est impatient, coupe la parole… ou encore se comporter avec brutalité ou avec agressivité…
– ATTENTIONNEL : Il est inattentif, à savoir « dans la lune », « ailleurs », « il zappe », il n’écoute pas plus de quelques minutes, il se concentre peu de temps sur son travail à la maison puis se lève ou rêvasse ou joue avec ses stylos….MAIS IL PEUT AUSSI ETRE TRES (TROP) CONCENTRE quand il adore une activité (légo, petshop etc…). et surtout la tv, les jeux vidéo…On a du mal parfois à les déloger!

Il y a donc des enfants qui bougent beaucoup, d’autres qui ne bougent pas mais ne sont pas là….d’autres qui se trémoussent un peu et sont lents….Beaucoup de « tableaux » cliniques !

ET EN PLUS LES ENFANTS SONT DIFFERENTS! Il y a des téméraires de base, des peureux, des timides….Ce qui corse le « tableau » car les différents types de temperaments interfèrent aussi avec les symptômes….Mais c’est une autre histoire…

Voilà pourquoi l’enfant « hyperactif » ne bouge pas toujours. Loin de là!


J’ajouterai autre chose. Quand la compréhension des troubles des enfants décrits ci-dessus se faisait exclusivement par une lecture psychanalytique en pédopsychiatrie : l’hyperactivité motrice de l’enfant était considérée comme une tentative de celui-ci de soigner sa mère dépressive. L’hyperactivité était analysée comme une réaction émotionnelle excessive
de l’enfant. L’enfant présentait une « réaction maniaque ». Il était pris exclusivement en psychanalyse, sa mère envoyée vers un confrère. Parfois le thérapeute prescrivait un sédatif ou un neuroleptique à l’enfant « pois sauteur ». Ce qui aggravait les troubles de l’attention au lieu de les atténuer, et n’était en aucun cas adapté au trouble présenté par l’enfant…
A présent, une partie des pédopsychiatres se sont ouverts au neurosciences. Certains sont même devenus des biologistes forcenés en miroir des psychanalystes d’antan qui pensaient avoir la bonne parole. Ils me font pourtant moins peur que ceux qui restent bloqués à une époque…En effet, quand les biologistes n’y arrivent pas, j’ai l’impression qu’il font plus appel à leur confrères, à différentes techniques comme la psychothérapie…