TDAH en France, 2014: Non les enfants ne sont pas drogués !

LUNA

Juste avant la rentrée scolaire, le 1er septembre 2014, une journaliste s’est fendue d’un article sur le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) dans le « Monde ». Le titre était alléchant: « Hyperactivité, le syndrome qui agite les experts ».

Quand une maman me l’a envoyé (je la remercie;) ), je me suis donc précipitée pour le parcourir, impatiente de lire des scientifiques ou des cliniciens réputés. Après lecture, j’ai éteins ma tablette et ruminé.

Nous sommes en 2014 mais en France le TDAH est encore et toujours remis en question.

En 2014, il y a donc des médecins et des non médecins qui se targuent « de ne pas croire » à ce trouble. Cela me rappelle une interne en médecine générale qui ne croyait pas à la dépression. La psychiatrie reste en France une affaire de croyance et de chapelle alors qu’ailleurs, la psychiatrie est une médecine. Ailleurs on sait qu’elle est sujette à expertise, et sa pratique basée sur des preuves.

Le neurobiologiste (profession qui ne consiste pas à voir des patients), Mr F. Gonon, a raison. Le TDAH (on pourrait rajouter le syndrome autistique, la dépression, la phobie d’impulsion, etc…) ne se diagnostique pas comme le diabète. Comme, tout trouble en Psychiatrie ! Le diagnostic en Psychiatrie ne se fait pas avec des marqueurs biologiques ni physiques ni radiologiques.

Il reste que le TDAH n’est pas un « fourre tout », un terme « galvaudé » ni pour les médecins, les psychologues et les autres professions paramédicales avec qui je travaille. Les critères qui nous aident à poser le diagnostic de TDAH ne sont pas nébuleux.

L’article donne la voix à « une kyrielle » d’experts (pour paraphraser la « kyrielle de symptômes », expression somme toute malheureuse) en majorité détracteurs. Jugez vous-même :

D’un côté « ceux qui sont « pour », le Dr E. Acquaviva, Le Pr R. Delorme et le Pr O. Revol.

De l’autre « ceux qui sont contre » : Mr F. Gonon, le Dr P. Landman, le Dr L. Sciara, le Dr B. Harlé , le Pr M. Posner, Mme S. Chokron, le Pr B. Falissart et « certains praticiens ».

L’objectivité ne semble donc pas au rendez-vous… Mais nous sommes en France et la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent reste en grande partie affiliée à la psychanalyse. Ce qui pose un vrai problème de santé publique.

Comment prendre en charge un enfant ou un adolescent dans de bonnes conditions si on refuse de le diagnostic ? Comment un médecin peut-il soigner, sans poser un diagnostic ? Le diagnostic est avant tout un état des lieux, qui apporte un éclairage indispensable pour mettre en place la thérapeutique la plus adapté et soulager le patient. La prise en charge sera ainsi optimale.

La peur que tous les enfants soient drogués ne s’appuient en France sur rien de tangible. Au contraire, quand la prise en charge multifocale ne suffit pas, le traitement médicamenteux n’est pas facile à mettre en oeuvre. Il faut trouver un « spécialiste » en exercice à l’hôpital qui veuille et sache prescrire et qui ait de la place dans les vingt quatre mois !

Car la première ordonnance ne se fait que par un psychiatre, un neurologue et un pédiatre hospitalier. Et comme je vous disais, en psychiatrie peu « croient » dans le trouble et en la ritaline. Ils « écoutent le symptômes » comme le dit ou L. Sciara, psychiatre membre de l’Association Lacanienne Internationale ou le Dr B. Harlé (l’article n’est pas clair…).

Comment un médecin peut-il écouter un symptôme, sans diagnostic ni soins appropriés ? Imaginez-vous votre médecin de famille se contenter d’écouter la respiration sifflante de votre enfant? Croyez-vous que cela suffira à le soigner ?

Écouter le symptôme ne me suffit pas. Je me dois, en tant que médecin ayant fait serment d’Hippocrate, d’aider l’enfant et la famille qui souffrent. De plus, quand l’enfant entend parler d’un médicament qui pourrait l’aider à contrôler son impulsivité, ses comportements anarchiques et à mieux se concentrer, il n’est pas rare qu’il le demande.

Quand le Dr B. Falissard parle du problème de la prescription pour un enfant non malade car « il y a toujours quelque chose qui teinte le regard porté sur l’enfant (s’il a un traitement) ». Il oublie ce que peut endurer un enfant ayant un TDAH : le regard « teinté » et la parole « lourde » des gens dans la rue, les parents des camarades, les professeurs, le directeur d’école, les frères et sœurs, les grands parents et j’en passe…

La question de traiter un enfant ou un adolescent ayant ce trouble n’est pas anodine. J’en conviens. Je pense même que c’est un échec que de devoir donner une molécule. Mais ce qui compte pour moi c’est la chance donnée à l’enfant et l’adolescent en souffrance. Le risque de rupture scolaire et de sous-diplôme à intelligence égal est réel pour le jeune.

J’apprends beaucoup de mes patients. Une Jolie Aline maintenant âgé de dix neuf ans, enfant précoce et TDAH, rencontrée à quinze ans refusait au début de prendre le traitement alors que ses difficultés tant scolaire et familiale étaient devenues énormes. Je vous passe les détails mais, ce qui est instructif est sa régularité depuis à venir et à demander à poursuivre le traitement. Car, quand elle arrête en période de cours, elle est incapable de se concentrer plus de quinze minutes et elle décroche. Et croyez moi, elle a un QI performant. Elle arrêtera un jour mais pas pour l’instant.

Le TDAH n’est pas un produit venu des EU. Il a été décrit au XIXe siècle en France, en Écosse, en Allemagne par des praticiens, des médecins qui observaient, écoutaient et ne supputaient pas avec des théories qui se suffisent à elles-mêmes. Ils l’ont décrit dans un langage clair, loin de celui obscure et psychanalytique digne des médecins de Molière, qui plait aux romantiques et en «impose » .

Le TDAH existe. Je le rencontre au quotidien chez moi et dans mon cabinet. Il me suit même dans la rue, figurez-vous. Non je ne suis pas parano. Le TDA et moi nous formons un. Je suis psychiatre pour enfant et adolescent et je peux l’affirmer : j’ai dû lutter toute mon enfance et mon adolescence, seule, sans aide médicale, contre un déficit d’attention. C’est ce que je ne veux pas pour les enfants que je suis en thérapie.

Une dernière chose encore, je ne suis pas agitée. Mon TDA et moi allons bien.